Pendant près de trente ans, le Québec a eu une particularité que peu d’endroits en Amérique du Nord partageaient : un prix plancher sur l’essence, en deçà duquel il était interdit de vendre. Ce mécanisme était calculé par la Régie de l’énergie. Il a été aboli en 2025, mais le rôle de la Régie, lui, demeure bien réel. Voici ce qu’était ce prix minimum, pourquoi il a disparu, et ce que la Régie fait aujourd’hui pour informer les consommateurs.
Qu’est-ce que la Régie de l’énergie?
La Régie de l’énergie du Québec est l’organisme provincial chargé, entre autres, de surveiller les prix des produits pétroliers afin de renseigner les consommateurs (Régie de l’énergie). Elle ne fixe pas le prix de l’essence — celui-ci se forme sur un marché de libre concurrence — mais elle collecte des données, publie des relevés et, autrefois, établissait le fameux prix minimum.
Le prix plancher : ce que c’était
Introduit en 1997, le prix plancher interdisait de vendre l’essence sous un seuil minimal calculé région par région. L’objectif déclaré était de protéger les petits détaillants contre une concurrence agressive des grandes bannières, en particulier dans les régions rurales où les marges étaient plus minces. Le seuil tenait compte de plusieurs éléments : le coût du pétrole brut, les frais de transport, les taxes et un montant minimal de marge.
Le « montant minimal » et les coûts d’exploitation
Une composante clé du calcul était l’allocation pour coûts d’exploitation — une somme par litre censée couvrir les frais d’un détaillant (loyer, salaires, électricité). La Régie a toujours le pouvoir de fixer, tous les trois ans, ce montant par litre au titre des coûts d’exploitation (Régie de l’énergie). C’est l’élément qui faisait qu’un détaillant pouvait, en théorie, être sanctionné s’il vendait sous son coût.
Pourquoi le prix plancher a été aboli
En juin 2025, le gouvernement du Québec a aboli le prix plancher : la mesure a été adoptée le 9 juin, avec effet rétroactif au 7 juin (gouvernement du Québec). L’argument : le mécanisme limitait la concurrence entre détaillants et pouvait, en pratique, maintenir les prix plus élevés plutôt que de protéger les consommateurs. Avec sa disparition, la Régie a aussi cessé de publier son indicateur quotidien du coût d’acquisition (l’IQCA), qui servait de référence pour repérer d’éventuelles pratiques abusives.
Ce que la Régie fait aujourd’hui
L’abolition du plancher n’a pas fait disparaître la Régie du portrait. Son mandat de surveillance reste actif, et elle continue de publier des données utiles :
- un bulletin hebdomadaire sur les prix à la pompe, diffusé le vendredi;
- le prix minimal à la rampe de chargement (PMRC), c’est-à-dire le prix de gros de référence, publié le vendredi;
- des relevés de prix moyens par région administrative, qui alimentent la comparaison entre territoires.
La Régie exploite aussi la plateforme officielle publique qui centralise les prix réels affichés au Québec. Et depuis le 1er avril 2026, chaque détaillant visé par la loi a l’obligation de transmettre en temps réel tout changement de prix de l’essence et du diesel à la Régie, qui rend l’information accessible en ligne — un gain de transparence majeur pour les automobilistes.
Ce que ça change pour vous
Sans prix plancher, les écarts entre stations peuvent être plus marqués qu’avant : plus rien n’empêche un détaillant de casser ses prix pour attirer la clientèle. C’est une raison de plus de comparer avant de faire le plein. Pour comprendre comment se forme le prix au-delà de la réglementation, lisez comment est calculé le prix de l’essence et notre guide sur les taxes sur l’essence au Québec. Et pour passer à l’action, repérez les meilleurs prix sur la carte des prix.
Questions fréquentes
Y a-t-il encore un prix minimum sur l’essence au Québec?
Non. Le prix plancher a été aboli en juin 2025. Les détaillants sont désormais libres de fixer leurs prix, à la hausse comme à la baisse, sur un marché de libre concurrence.
La Régie de l’énergie fixe-t-elle le prix de l’essence?
Non, elle ne l’a jamais fixé. Même à l’époque du prix plancher, elle n’établissait qu’un seuil minimal. Son rôle aujourd’hui est de surveiller les prix et d’informer les consommateurs, notamment via ses relevés hebdomadaires et la plateforme officielle.
Pourquoi les écarts régionaux persistent-ils malgré l’abolition?
Parce que le prix dépend surtout du transport, de la concurrence locale et des taxes — pas du plancher. On explique ces facteurs dans le guide pourquoi le prix varie selon la région.